Le roman personnalisé et le marché du livre numérique

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Pour pouvoir se rendre compte des possibilités offertes par les éditions Comédia ainsi que de la place que peut occuper leur production dans le marché du livre (papier comme numérique), le mieux est de tester le service proposé. C’est donc ce que j’ai fait ! Bien sûr, le test n’est qu’un simple aperçu, ne pouvant me faire commander un livre entier, mais cela m’a permis d’en observer quelques aspects.

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Des livres cadeaux avant tout. Comme cela est précisé sur le site, il s’agit d’ouvrages destinés à être offerts, « un cadeau unique et original », certes, mais un type de livre que l’on achète pour une occasion particulière. Ce sont ainsi des livres gadgets, qui ne rentrent pas directement en concurrence avec les ouvrages publiés par les éditeurs traditionnels.

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Une réalisation fastidieuse. En outre, même si ce type d’ouvrages peut plaire, le temps nécessaire pour remplir tous les champs peut constituer un frein (il y a, selon un communiqué de presse des éditions Comédia, pas moins de 550 champs à préciser par livre). En effet, pour l’extrait-test, je n’en avais que 20 et cela m’a pris un certain temps, qui saura d’autant plus important si l’ouvrage est destiné à être offert, puisque la volonté de réaliser un ouvrage pour que la personne puisse se retrouver, entraînera son « auteur » à bien réfléchir pour remplir tous les champs.

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Le contenu. En ce qui concerne le contenu offert, nous ne pouvons pas dire qu’il ait un grand intérêt d’un point de vue littéraire (et cela, sans faire preuve d’élitisme). Ces romans ont d’abord un intérêt en cela qu’ils mettent en scène la personne pour laquelle ils sont destinés. D’autant que selon la manière dont sont remplis les champs, certaines erreurs apparaissent. Mais peut-être « l’intervention de [leurs] rédactrices et rédacteurs » est-elle là pour pallier à ces problèmes.

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Des ouvrages que l’on peut qualifier de « numériques » ? Telle est la question. En quoi pouvons-nous dire qu’ils font partie des livres numériques ? Certes, c’est grâce à un logiciel informatique que ce type d’ouvrages peut être proposé et c’est Internet qui met en relation les éditions Comédia avec ses clients potentiels, mais c’est tout. Premièrement, ils sont destinés à être imprimés. Ensuite, le web 2.0 offre des possibilités bien moins fastidieuses pour réaliser des ouvrages personnalisés. En effet, selon Hadrien Gardeur, promoteur de Feedbooks, le fait de rentrer manuellement les informations sera, dans un futur plus ou moins proche, quelque chose de dépassé :

À l’avenir [explique-t-il], tout nouveau site, puisant dans vos paramètres (issus de ces mêmes standards) sera capable de s’adapter à vos besoins. « Ainsi, quand vous arriverez sur votre site sportif préféré, il sera capable de mettre en avant les dernières informations sur le basket (car il aura vu dans votre APML que c’est l’un de vos sports préféré)”. (citation tirée du site La Feuille)

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Ainsi, la production de romans personnalisés comme le propose le site monroman.com ne remet pas en question le rôle de l’édition traditionnelle, non seulement parce qu’elle apparaît comme étant anecdotique, ne répondant qu’à une demande ponctuelle et très spécifique. De plus, nous pouvons préciser qu’un travail éditorial relativement artisanal est effectué sur les livres et que le but de ce site est de réaliser des ouvrages papiers.

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Ci-dessous, la présentation du test, avec la feuille de champs à remplir et le résultat. Pour les lire, cliquer sur les images :

Ensemble des champs à remplirLe résultat

Après la Vidéo On Demand, le Text On Demand ?

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Alors que le support papier induit une logique d’offre, le support numérique induit une logique de demande. L’impression à la demande (Print On Demand) permet au lecteur de choisir le support de réception de son texte, à savoir papier ou numérique. Aujourd’hui, de plus en plus d’éditeurs en ligne, tel Feedbooks, proposent au lecteur de choisir le format numérique dans lequel il souhaite recevoir son texte, format choisi en fonction des supports que sont par exemple le Kindle d’Amazon ou le Reader de Sony. Le rapport au livre s’en trouve modifié et le rôle de chacun des acteurs de la chaîne traditionnelle du livre est à repenser en fonction de la donne numérique.

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Prenons l’exemple de Feedbooks. Avec des acteurs comme Feedbooks sur le marché de l’édition, l’économie de cette dernière tend à se rapprocher d’une économie des pure players où tout passe par Internet et où le domaine d’activité est le numérique et ses liseuses. Si le travail éditorial sur le contenu reste le même, il n’en va pas de même pour les derniers maillons de la chaîne traditionnelle du livre. Avec ce système, l’interaction entre le lecteur et l’éditeur est renforcée, en revanche celle du lecteur avec son libraire est mise à mal. Suite au rapport Accueillir le numérique ?, établi pour le Syndicat de la librairie française, Audrey Williamson a rendu compte des changements à prendre en compte dans le métier du libraire dans un article intitulé Le libraire du XXIe siècle.

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Et le libraire ? Si l’éditeur s’adapte au numérique, une fusion entre maison d’édition et librairie ne serait pas inconcevable. On voit déjà des éditeurs en ligne, tel LePublieur.com, proposer des vitrines thématiques et virtuelles de leur catalogue. C’est pour cette raison que le libraire a la nécessité d’utiliser les potentialités du numérique, au-delà de l’opposition entre technophobes et technophiles, pour continuer à jouer son rôle d’intermédiaire entre l’éditeur et le lecteur, en tant qu’ultime maillon de la chaîne du livre. Audrey Williamson imagine des possibilités « d’indexation et référencement des contenus, feuilletage en ligne, newsletter, agenda d’événements, forums de lecteurs, réseaux sociaux, critiques de livres, géocalisation, commande d’ouvrages, etc. » afin que le travail de médiation entre l’offre éditoriale et le lecteur soit renforcé et non abandonné.