novembre 2008


Intuitions concernant l’avenir de l’édition

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Numérique vs Edition ?

Nous ne sortirons pas nos boules de cristal pour tenter de découvrir quelle sera l’issue du face à face entre l’édition traditionnelle et le numérique, mais nous allons proposer notre vision de la situation. Et si le problème résidait dans l’opposition communément réalisée entre numérique et papier ?

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Peut-être nous faisons-nous de faux espoirs en pensant que les éditeurs ne sont pas menacés par les ebooks et autres supports numériques, simplement parce qu’ils n’engendrent pas les mêmes pratiques de lecture. En effet, si nous n’imaginons pas la possibilité de lire de longs textes sur écran aujourd’hui, ni celle de ne pas avoir un contact physique avec le livre, cela sera-t-il le cas des générations à venir, nées avec ces nouvelles technologies et appelées « natives » ?

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Peut-être sommes-nous utopiques d’imaginer que les éditeurs soient indispensables à la production de livres, qu’ils soient papiers ou électroniques, non seulement pour le travail de mise en page des textes mais également pour celui de sélection qu’ils réalisent en amont. Peut-être est-ce absolument inepte de se dire que n’importe qui ne peut pas devenir éditeur parce que son rôle fait appel à un certain nombre de compétences mais aussi parce qu’il est indispensable dans un contexte où la masse d’informations disponibles sur Internet permet de mettre en avant son rôle de garant d’une certaine qualité de contenu (même si celui-ci peut être contesté).

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Peut-être, tout simplement, les éditeurs, par leur immobilisme, laisseront-ils des acteurs extérieurs au monde du livre prendre en main l’édition électronique, refusant de cette manière les possibilités d’extension de l’offre que permet le numérique.

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Peut-être allons-nous avoir une vision quelque peu différente au fil des articles que nous publierons sur notre blog. En tous cas, selon nous, à l’heure d’aujourd’hui, le livre numérique ne fait pas concurrence au livre papier dans son ensemble, car il engendre des pratiques de lecture spécifiques (difficulté de lire de longs textes, services complémentaires associés, etc.). Cependant certains domaines de l’édition, tel que le secteur universitaire, sont remis en causes par ces nouvelles technologies du livre et doivent prendre en considération ces nouveaux supports pour s’adapter à leur public et perdurer. Or, même dans ce contexte, il ne s’agit alors pas de parler de « mort des éditeurs » mais d’adaptation aux nouvelles données du marché, car par le travail qu’ils effectuent sur le texte, ces professionnels du livre apparaissent indispensables pour assurer la qualité des contenus et leur mise en page, tout aussi nécessaire pour en assurer la lisibilité.

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Le roman interactif personnalisé

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Aperçu du site monroman.com

Présentation du site monroman.com, spécialisé dans les romans intéractifs personnalisés. Ce type d’édition ne fait pas directement concurrence à l’édition traditionnelle, mais engendre un certain nombre de questions la concernant.

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Un concept nouveau adapté au roman. Les éditions Comédia, par la création du site Web monroman.com, ont introduit un nouveau concept dans le monde de l’édition qui amène à repenser la notion même de roman : le roman interactif personnalisé. Avec ce nouveau concept, les éditions Comédia proposent de devenir auteur à partir d’une certaine somme monétaire.

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Le principe est celui-ci : le client choisit un roman source écrit au préalable par un auteur et introduit différentes variables, tel le nom du héros, sa profession, ses qualités et ses défauts, etc. De cette manière, est créé un texte adapté en fonction des paramètres enregistrés par le client. Une application informatique du contenu, accompagnée de l’intervention des rédacteurs des éditions Comédia pour harmoniser le texte, permettent la production d’un roman personnalisé et font du client le co-auteur du texte. Le concept de roman personnalisé d’une part, et interactif d’autre part, tend à repenser certains fondements de l’édition.

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Le roman personnalisé invite à interroger le statut d’auteur tel qu’il est pensé à travers la formule que propose monroman.com. Les éditions Comédia adoptent une posture qui vise à professionnaliser le client et sa démarche par la terminologie employée ; le client est qualifié de co-auteur et la personnalisation du contenu est vue comme la création d’un scénario. Cette forme d’édition où l’auteur paie un éditeur pour faire éditer son texte se rapproche alors de l’édition à compte d’auteur, forme d’édition où l’auteur reste propriétaire des droits d’auteur et où le co-auteur, participant à une œuvre de collaboration, dispose des mêmes droits. Pourtant, dans ce cas, si l’on s’en tient au code de la propriété intellectuelle, les principes aux fondements de la notion d’auteur ne sont pas appliqués puisque nulle part n’est évoquée sur le site la question du droit moral de l’auteur. Ici réside peut-être toute la difficulté : il n’est guère approprié de parler ni d’auteur ni de client et c’est à juste titre que prendrait sens le concept de « pro-sommateur », terme employé par Sarah Lloyd dans Un manifeste de l’éditeur numérique, pour définir la personne à l’origine du roman personnalisé.

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Le roman interactif remet en cause le rôle de l’éditeur. L’interactivité s’oppose d’emblée au livre figé tel qu’il est conçu traditionnellement. L’éditeur doit s’adapter à un contenu mouvant et penser désormais le texte source comme une base qui sert de référence seulement. L’éditeur n’est donc pas exclu dans ce nouveau concept et il a son rôle à jouer. Néanmoins, dans ce cas, il ne s’agit pas d’édition à compte d’éditeur puisque le produit n’est pas conçu pour être inséré dans la chaîne commerciale du livre, et il ne s’agit pas non plus d’édition à compte d’auteur à proprement parler puisque l’œuvre n’est pas régie par la législation de la propriété intellectuelle. Ainsi, ce mode d’édition qui se situe entre édition traditionnelle et prestation de service, n’est pas clairement limité.

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Un concept qui introduit de nouvelles façons de penser l’édition traditionnelle et ses fondements. Les éditions Comédia se positionnent pourtant difficilement entre un concept proche du « roman gadget » et un concept novateur qui, qu’on le veuille ou non, opère un glissement dans le rôle de l’édition et de l’éditeur. Aux contours flous, ce nouveau mode d’édition n’a pas encore trouvé de signifiant qui se situerait entre « l’édition à la demande » et « l’édition interactive personnalisée », et opérerait sa finalisation.

Après la Vidéo On Demand, le Text On Demand ?

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Alors que le support papier induit une logique d’offre, le support numérique induit une logique de demande. L’impression à la demande (Print On Demand) permet au lecteur de choisir le support de réception de son texte, à savoir papier ou numérique. Aujourd’hui, de plus en plus d’éditeurs en ligne, tel Feedbooks, proposent au lecteur de choisir le format numérique dans lequel il souhaite recevoir son texte, format choisi en fonction des supports que sont par exemple le Kindle d’Amazon ou le Reader de Sony. Le rapport au livre s’en trouve modifié et le rôle de chacun des acteurs de la chaîne traditionnelle du livre est à repenser en fonction de la donne numérique.

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Prenons l’exemple de Feedbooks. Avec des acteurs comme Feedbooks sur le marché de l’édition, l’économie de cette dernière tend à se rapprocher d’une économie des pure players où tout passe par Internet et où le domaine d’activité est le numérique et ses liseuses. Si le travail éditorial sur le contenu reste le même, il n’en va pas de même pour les derniers maillons de la chaîne traditionnelle du livre. Avec ce système, l’interaction entre le lecteur et l’éditeur est renforcée, en revanche celle du lecteur avec son libraire est mise à mal. Suite au rapport Accueillir le numérique ?, établi pour le Syndicat de la librairie française, Audrey Williamson a rendu compte des changements à prendre en compte dans le métier du libraire dans un article intitulé Le libraire du XXIe siècle.

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Et le libraire ? Si l’éditeur s’adapte au numérique, une fusion entre maison d’édition et librairie ne serait pas inconcevable. On voit déjà des éditeurs en ligne, tel LePublieur.com, proposer des vitrines thématiques et virtuelles de leur catalogue. C’est pour cette raison que le libraire a la nécessité d’utiliser les potentialités du numérique, au-delà de l’opposition entre technophobes et technophiles, pour continuer à jouer son rôle d’intermédiaire entre l’éditeur et le lecteur, en tant qu’ultime maillon de la chaîne du livre. Audrey Williamson imagine des possibilités « d’indexation et référencement des contenus, feuilletage en ligne, newsletter, agenda d’événements, forums de lecteurs, réseaux sociaux, critiques de livres, géocalisation, commande d’ouvrages, etc. » afin que le travail de médiation entre l’offre éditoriale et le lecteur soit renforcé et non abandonné.

Ebooks et édition électronique

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Pub pour le Reader SonySur son site, Sony présente son nouvel ebook comme une révolution. Pourtant, cette publicité est révélatrice du fait que le livre numérique est envisagé comme une métaphore du livre papier, ce qui remet en cause son aspect révolutionnaire et engendre certaines limites.

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Sur le blog homo-Numericus, Marin Dacos a publié un article intitulé « Livre numérique : la révolution attendra encore un peu », dans lequel il propose une critique des liseuses qui sont actuellement sur le marché, en évoquant les possibilités qu’elles offrent mais également leurs limites.

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Son approche est très intéressante car il ne se contente pas de soumettre les résultats des tests qu’il a réalisé auprès du Sony Reader, mais dénonce la conception actuelle, selon laquelle les ebooks doivent ressembler aux livres papiers, alors qu’ils devraient être pensés indépendamment de l’objet-livre. Ainsi, selon Marin Dacos :

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Portable, léger, de lecture confortable, ressemblant au livre à s’y méprendre, la liseuse constituerait la solution de l’édition face à la révolution numérique. Et pourtant, le compte n’y est pas.

Les liseuses aujourd’hui présentent les défauts du livre et quasiment aucune des qualités du texte numérique.

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Les ebooks, métaphores du livre : limites. L’un des problèmes des liseuses présentes actuellement sur le marché réside dans le fait que les producteurs de livres numériques sont actuellement dans une logique de numérisation, c’est-à-dire de copie des formats papier, et non de production éditoriale propre aux supports électroniques. De ce fait, un bon nombre des possibilités offertes par le numérique, comme les liens hypertextes, ne sont pas encore mises en oeuvre.

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« L’objet de l’édition est le texte. » Marin Dacos propose une réflexion intéressante sur le travail de l’éditeur, que l’on a tendance à limiter à l’objet-livre mais qui est pourtant plus généralement un travail sur le texte. Cela laisserait ainsi à ces professionnels du livre une place importante au sein de l’édition dite électronique, que les textes numériques gardent une certaine ressemblance avec ceux publiés en format papier ou pas.

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Définir le livre personnalisé

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Couverture d'un roman policier personnalisé
.Si la définition de ce type d’ouvrage né grâce au numérique semble évidente, nous aurions tendance à le limiter à ces romans dont on est le héros et dont voici une illustration tirée du site cadeau.com.

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..Lorsque l’on parle d’objets personnalisés, cela signifie qu’ils s’adaptent à chaque client ou du moins personne à qui ils sont destinés. Avec le numérique, il y a un développement des offres concernant des livres dont le contenu varie d’un lecteur à un autre. Ceux-ci prennent plusieurs formes qui ont été décrites par Nathalie Quint durant le BookCamp du 14 juin 2008 et sont :

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  • Des livres qui constituent des dédicaces personnalisées, qui contiennent des récits dans lesquels chaque internaute peut définir un certain nombre de paramètres. L’idée est de devenir le héros d’un roman. Exemples de sites : www.monroman.com ; www.poky.sharedbook.com.
  • Des livres qui proposent des contenus à la carte : l’internaute réalise son propre ouvrage à partir d’extraits qu’il compile à sa guise. Exemples de sites : www.offbeatguides.com ; www.inlibroveritas.com.
  • Des livres dont le contenu est rédigé par les internautes eux-mêmes, leur conférant un statut d’auteur ou de co-auteur. Cette forme fait référence à l’idée de partage d’informations et d’expériences entre internautes. Exemples de sites : www.seriousguides.fr ; www.tribugourmande.com.

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À partir de là, nous pouvons nous demander si la personnalisation des ouvrages porte uniquement sur le contenu ou si le développement des formats et supports permettant la diffusion d’un texte ne peut-il pas être considéré comme tel. En effet, la possibilité de lire un même texte grâce à des outils différents engendre une capacité du livre à s’adapter aux pratiques de lecture des internautes. Ainsi, un site comme www.feedbooks.com propose le téléchargement des textes en plusieurs formats, en fonction du support utilisé pour les lire.

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Cependant, le livre personnalisé, s’il est réalisé sur Internet, entraîne généralement l’élaboration d’un format papier. Dans ce contexte, il s’agit plus d’ouvrages papiers proposés grâce à Internet, que de livres électroniques, l’impression permettant de générer des revenus, la composition des ouvrages apparaissant comme un service gratuit. Néanmoins, avec l’évolution des possibilités offertes par Internet, nous pouvons imaginer que les livres électroniques personnalisés se développent…

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Source : La Feuille, http://lafeuille.homonumericus.net/tag/livre-personnalise [consulté le 29/10/2008]